Utiliser la carte de score nutrition pour améliorer la nutrition infantile dans le comté de Kakamega (Kenya)

L’outil de carte de score nutrition du Kenya a été lancé à l’échelle nationale en 2020. Il a ensuite été déployé au niveau des comtés et des sous-comtés afin d’aider les équipes de santé à identifier et à combler les lacunes des programmes de nutrition.

Le comté de Kakamega, dans l’ouest du Kenya, a entamé sa démarche d’action et de responsabilisation en 2022 en adoptant cette carte de score, basée sur sept indicateurs prioritaires. Cette carte de score constitue un outil de diagnostic évolutif qui favorise une prise de décision basée sur des données probantes.

Le défi

Au centre de santé de Kamuchisu, dans le sous-comté de Malava, les enfants inscrits au programme d’alimentation complémentaire luttant contre la malnutrition recevaient des aliments thérapeutiques prêts à l’emploi et des farines enrichies ; toutefois, beaucoup ne parvenaient pas à sortir du programme dans le délai recommandé de deux mois. Les taux de rétablissement stagnaient et la dépendance au programme s’accentuait. Les fréquentes ruptures de stock en produits thérapeutiques privaient les enfants des ressources nécessaires à leur rétablissement.

Dans le sous-comté de Nzoia, un défi différent mais persistant a émergé : la plupart des mères s’absentaient de leur domicile pour de longues périodes afin d’effectuer des travaux agricoles occasionnels, tels que le désherbage, les semis et les récoltes. En l’absence de réfrigération et de substitut au lait maternel, les nourrissons étaient confiés à des membres de la famille qui leur donnaient des aliments solides. Cette pratique compromettait l’allaitement maternel exclusif et exposait les nourrissons à des risques nutritionnels.

Le problème sous-jacent dans ces deux communautés résidait dans la précarité économique et l’insécurité alimentaire de la plupart des ménages. Les cultures de rente occupaient la majeure partie des terres agricoles, limitant ainsi la production de cultures vivrières. Le manque de connaissances en matière de nutrition, la faible diversité alimentaire et les pratiques inadaptées en termes d’alimentation infantile aggravaient la situation. En conséquence, les deux régions enregistraient des taux élevés de malnutrition.

En 2023, peu après l’ouverture de l’établissement, 20 % des enfants reçus à la clinique présentaient des signes de malnutrition.

Wycliffe Juma, infirmier responsable, dispensaire de Nzoia

La réaction du comté

En 2024, pour relever ces défis, les équipes du comté et des sous-comtés ont élaboré des solutions fondées sur l’appropriation communautaire, les savoirs locaux et l’utilisation des ressources locales. Les interventions comprenaient la prise en charge communautaire de la malnutrition aiguë, le déploiement de l’initiative « Communauté amie des bébés » et l’intégration de programmes EAH (eau, assainissement et hygiène).

Prise en charge de la malnutrition aiguë par la communauté

Constatant que les interventions en établissement de santé ne suffisaient pas, le comté a formé des agents de santé communautaires (ASC) pour identifier, prendre en charge et assurer le suivi des enfants malnutris à domicile.

Ces agents ont reçu des kits de dépistage nutritionnel pour évaluer les ménages et consigner les résultats dans des carnets de santé mère-enfant. Cette approche a permis de combler les lacunes en matière de soins : si un enfant n’était pas dépisté dans un établissement de santé, un agent de santé communautaire pouvait l’identifier à son domicile. À Kamuchisu, grâce à cette méthode, les agents ont pu toucher 67 enfants initialement identifiés comme malnutris.

Des dialogues avec la communauté ont permis d’identifier les causes profondes des problèmes. Les équipes de santé ont constaté que la plupart des familles dépendaient des revenus issus de cultures de rente et manquaient de diversité alimentaire. Une fois les causes identifiées, les agents de santé communautaires ont :

  • organisé des démonstrations culinaires ;
  • formé les mères et les personnes s’occupant d’enfants à l’importance d’une alimentation équilibrée adaptée à tous les âges ;
  • mis en place de potagers-témoins pour encourager la production de cultures vivrières.

Les ménages ont reçu des plants de légumes à feuilles vertes et de plantes grimpantes riches en vitamine A, ainsi que des conseils sur l’élevage de petits animaux (comme des poules pour la production d’œufs) afin d’améliorer la diversité alimentaire.

L’initiative « Communauté amie des bébés » et les groupes de soutien aux mères

À Kamuchisu et Nzoia, l’équipe de nutrition du comté a déployé l’initiative « Communauté amie des bébés » (Baby Friendly Community Initiative / BFCI). Il s’agit d’un programme communautaire du ministère de la Santé qui permet aux communautés d’adopter des initiatives nutritionnelles à fort impact, dont :

  • l’allaitement maternel optimal ;
  • une alimentation en complément appropriée ;
  • la nutrition maternelle ;
  • l’assainissement du foyer ;
  • l’hygiène.

Lors d’une séance d’examen de la carte de score, nous avons conclu qu’en déployant ce programme, nous serions en mesure de prendre en charge les enfants au niveau communautaire en utilisant les ressources locales disponibles. Il s’agit d’aliments facilement accessibles, plutôt que des compléments alimentaires fournis occasionnellement par le comté.

Margaret Oyugi, coordinatrice nutrition du comté de Kakamega

Avec le soutien des agents de santé communautaires, femmes enceintes et mères d’enfants de moins de deux ans ont rejoint des groupes structurés de soutien entre mères, une approche recommandée par l’initiative « Communauté amie des bébés ». Ces groupes offrent une plateforme stable pour l’éducation nutritionnelle, l’apprentissage par les pairs, le suivi de la croissance et le soutien en matière d’alimentation, garantissant ainsi que chaque nouvelle mère soit accueillie au sein d’un réseau fondé sur le partage de connaissances et la redevabilité mutuelle.

Les groupes de soutien entre mères ont continué à m’être utiles même après l’accouchement. Une agente de santé communautaire m’a été affecté afin de m’aider à amorcer l’allaitement et me soutenir dans l’allaitement exclusif de mon fils durant les six premiers mois. Cette agente suivait régulièrement mes progrès grâce à des visites à domicile. Actuellement, notre unité de santé communautaire compte 12 groupes de soutien entre mères et trois groupes de soutien pour les mères adolescentes

Vivian Moraa, membre de la communauté et bénéficiaire de l’initiative « Communauté amie des bébés » (Baby Friendly Community Initiative)

Les membres des groupes se soutiennent mutuellement tout au long de la grossesse, de l’accouchement et des deux premières années de vie de l’enfant, une période cruciale où la nutrition joue un rôle primordial. Au centre de santé de Nzoia, la mise en œuvre de l’initiative « Communauté amie des bébés » a conduit à la création d’un centre de ressources servant de pôle de connaissances pour ces groupes ; on y aborde des sujets tels que les groupes d’aliments, l’allaitement, la nutrition maternelle et l’alimentation de l’enfant.

Au cours des deux derniers trimestres, nous n’avons signalé aucun cas d’enfant souffrant d’insuffisance pondérale ou de malnutrition.

Wycliffe Juma, infirmier responsable du dispensaire de Nzoia

Intégration du volet EAH (eau, assainissement et hygiène)

La malnutrition et les maladies d’origine hydrique constituent un défi qui devient un cercle vicieux : la diarrhée dégrade l’état nutritionnel de l’enfant, tandis que la malnutrition affaiblit les défenses immunitaires face aux infections. L’unité de santé communautaire de Nzoia a répondu à ce problème en intégrant un volet EAH (eau, assainissement et hygiène) à son programme « Communauté amie des bébés ».

Grâce au soutien de l’organisation Safe Water International Ministry, la communauté a reçu des appareils de production de chlore, offrant ainsi aux ménages une solution fiable et peu coûteuse pour le traitement de l’eau. Un partenariat avec l’organisation Hope to Others a également permis de fournir des filtres à eau comme option supplémentaire. Ces interventions ont réduit la prévalence des maladies diarrhéiques chez les enfants de la région, brisant ainsi le cycle qui compromettait leur rétablissement nutritionnel.

Des agents de santé communautaire montrent à un groupe de jeunes mères comment purifier facilement l’eau à domicile et réduire ainsi les cas de diarrhée chez leurs enfants.

Durabilité et appropriation par la communauté

Au sein de l’unité de santé communautaire de Kamuchisu, les agents de santé ont compris que la malnutrition était également liée à des facteurs économiques. Ils ont encouragé les groupes de soutien entre mères à lancer des activités génératrices de revenus.

L’une de ces initiatives est le système d’épargne et de crédit communautaire (connu sous le nom de « table-banking »), où les membres du groupe cotisent à un fonds commun redistribué à chaque membre à tour de rôle. Encouragées par les agents de santé communautaire, les membres ont utilisé ces fonds pour acheter des vaches laitières, offrant ainsi aux ménages une source de lait régulière et améliorant la nutrition des familles ayant de jeunes enfants à charge.

Les agents de santé communautaire constituent un pilier essentiel de la prise en charge de la malnutrition aiguë au niveau communautaire, mais leur travail est souvent limité par l’insuffisance des ressources.

Pour y remédier, les agents de santé communautaire de l’unité de santé de Kamuchisu ont intensifié leurs efforts. Ils ont développé un projet d’apiculture et une activité d’élevage laitier collectif, permettant à chaque membre de posséder une vache. Les revenus issus de la vente de miel assurent une rentrée d’argent régulière qui soutient leur engagement communautaire.

Ces recettes ont également permis de financer la création de potagers-témoins, l’achat de plants et du matériel d’éducation nutritionnelle, assurant ainsi la pérennité des initiatives de santé grâce à des ressources locales.

Impact

  • Malnutrition aiguë : Le centre de santé de Kamuchisu signalait un taux de malnutrition active de 40 % en 2023 ; il ne recense désormais plus aucun cas. De même, le dispensaire de Nzoia a vu son taux de malnutrition active passer de 20 % en 2023 à zéro.
  • Résultats en matière d’EAH (eau, assainissement et hygiène) : Au sein de l’unité de santé communautaire de Nzoia, la prévalence des maladies diarrhéiques a considérablement diminué. Le nombre de cas de diarrhée signalés est passé de 217 en 2023 à seulement 27 au premier trimestre 2026, illustrant l’impact positif d’un meilleur accès à l’eau potable.
  • Reconnaissance nationale : Les agents et assistants de santé communautaire de l’unité de santé de Kamuchisu ont été invités à présenter, sur une plateforme nationale, leurs modèles d’intervention concernant la vitamine A et l’initiative « Communauté amie des bébés ». L’établissement a reçu plusieurs distinctions pour ses progrès mesurables, et les enseignements tirés de l’expérience de Kakamega sont désormais partagés à l’échelle du comté.