Introduction
La plupart des pays, soutenus par l’Alliance des dirigeants africains contre le paludisme (ALMA), produisent des cartes de score numériques tous les trois mois. Certains pays passent désormais à une publication mensuelle. Ce changement permet de suivre les performances en temps réel ou presque, tant au niveau national que local.
Le passage à une publication mensuelle permet aux pays :
- D’identifier plus rapidement les lacunes émergentes ;
- De vérifier plus fréquemment les mesures de suivi ;
- De réagir plus rapidement aux recrudescences de cas de paludisme ;
- De surveiller plus souvent les indicateurs à haut risque.
Le Bénin, la Guinée, le Rwanda et l’Ouganda publient désormais leurs cartes de score chaque mois.
Lorsque les cartes de score sont connectées au système d’information de gestion sanitaire d’un pays (comme DHIS2), le passage à une publication mensuelle ne nécessite que peu de travail supplémentaire.
Bénin : la validation mensuelle des données améliore leur qualité et leur ponctualité
L’Alliance des dirigeants africains contre le paludisme a aidé le ministère de la Santé du Bénin à élaborer sa carte de score paludisme début 2018. Initialement, la validation des données courante sur le paludisme était effectuée uniquement par des statisticiens, sur une base trimestrielle. Ces données alimentaient ensuite la carte de score, mais ce processus entraînait souvent des retards.
Le Programme national de lutte contre le paludisme du Bénin, avec le soutien de la US President’s Malaria Initiative (PMI), a souhaité améliorer la qualité des données courantes sur le paludisme, en commençant par vérifier ces données chaque mois avec le personnel des établissements de santé, et non une seule fois par trimestre avec des statisticiens uniquement.
Chaque mois, le personnel valide les données des 77 communes. Ces séances de validation réunissent tous les établissements publics et privés de santé de chaque commune et sont dirigées par le médecin-chef de la commune. Auparavant, les séances n’incluaient pas toujours les données des établissements privés.
Les corrections sont effectuées dans la base de données DHIS2 avant le 20 du mois suivant. Cela permet d’utiliser les données validées dans la carte de score chaque mois. Les vérifications mensuelles ont amélioré l’exhaustivité et la qualité des données. Les données sont ensuite analysées chaque mois par les équipes de gestion nationales et régionales, ce qui permet une planification et une mise en œuvre plus rapides des mesures correctives.
Le gouvernement et ses partenaires, tels que la Clinton Health Access Initiative et la US President’s Malaria Initiative (PMI), ont alloué 500 000 $ US par an à ces examens de validation des données.
Depuis août 2025, le Bénin publie sa carte de score sur le paludisme chaque mois sur le Centre de connaissances ALMA Scorecard Hub.
Guinée : publication mensuelle des outils de carte de score paludisme et santé reproductive, maternelle, néonatale, infantile et des adolescents (SRMNIA)
En 2025, la Guinée a commencé à utiliser des outils de carte de score mensuels paludisme et santé reproductive, maternelle, néonatale, infantile et des adolescents (SRMNIA).
Ce changement a permis aux équipes d’identifier plus rapidement les lacunes, de vérifier plus fréquemment les mesures de suivi et de réagir avec plus de rapidité et de précision aux fluctuations des cas de paludisme.
Pour ce faire, les équipes exploitent la capacité de la plateforme web de la carte de score à se connecter au système DHIS2. Cette connexion permet d’alimenter les cartes de score en transférant directement les données depuis DHIS2.
Les cartes de score mensuelles facilitent la gestion quotidienne des établissements de santé
La Guinée a également mis à profit cette approche de carte de score mensuelle pour renforcer la décentralisation de son outil de carte de score SRMNIA. En 2025, le ministère de la Santé et l’Alliance des dirigeants africains contre le paludisme (ALMA) ont formé les responsables d’établissements de santé à l’utilisation de l’outil de carte de score SRMNIA dans cinq régions. Désormais, cet outil de carte de score aide le personnel dans la gestion quotidienne des établissements. Ainsi, les décisions concernant les tâches, l’engagement communautaire et la supervision s’appuient sur des données SRMNIA mensuelles actualisées.
Partage des outils de carte de score avec les partenaires et autres parties prenantes
La Guinée diffuse largement ses outils de carte de score. Ce partage avec les partenaires et d’autres groupes en accroît l’impact et permet aux équipes de les utiliser lors des réunions de gestion régulières.
Chaque mois, les cartes de score de la Guinée sont élaborées au niveau central, puis sont :
- Partagées par voie électronique avec les programmes nationaux, les régions, les districts et les partenaires ;
- Envoyées aux parties prenantes concernées via des listes de diffusion par e-mail ;
- Mises à disposition sur la plateforme Centre de Connaissances ALMA Scorecard Hub ;
- Imprimées pour être utilisées lors des réunions d’examen aux niveaux national, régional et de district.
Ces outils mensuels sont désormais partagés de manière systématique. Cela permet aux partenaires de suivre les indicateurs paludisme et SRMNIA en temps réel ou presque et donne aux équipes des districts et des établissements les moyens de résoudre plus rapidement les problèmes rencontrés.
Utilisation intégrée des outils de carte de score paludisme et SRMNIA en Guinée
La Guinée utilise désormais conjointement les outils de carte de score paludisme et SRMNIA afin de relever les défis communs auxquels sont confrontés les services de santé.
Aux niveaux du district et de la région, l’utilisation de ces deux outils fournit à la Guinée les données nécessaires pour organiser des réunions d’analyse conjointe, élaborer des plans d’action partagés et assurer un suivi coordonné.
Au niveau national, la Guinée examine conjointement les outils de carte de score SRMNIA et paludisme lors de réunions mensuelles et trimestrielles. Cela permet aux responsables d’analyser les résultats en matière de santé maternelle, néonatale et infantile ainsi que de nutrition, parallèlement aux tendances du paludisme.
Ouganda : outils de carte de score mensuels paludisme pour une programmation plus solide fondée sur des données probantes
L’Ouganda a commencé à utiliser des outils de carte de score paludisme mensuels en 2023 afin de renforcer la gestion et le suivi des épidémies, le pays connaissant alors des épidémies de paludisme dans de nombreux districts. L’outil de carte de score mensuel fournit des données mises à jour et vient en complément des données de surveillance de base hebdomadaires. La carte de score est également utilisée pour la gestion des programmes de routine lors des réunions d’examen mensuelles.
L’Ouganda utilise deux types d’outils de carte de score paludisme pour répondre à des besoins différents
L’Ouganda produit une carte de score mensuelle ainsi qu’une carte de score trimestrielle distincte afin de répondre à des besoins variés et de suivre les performances en matière de lutte contre le paludisme.
Les cartes de score mensuelles et trimestrielles paludisme de l’Ouganda sont utilisées de manière complémentaire. La carte de score mensuelle permet un suivi plus fréquent des progrès et une intervention plus rapide. La carte de score trimestrielle est utilisée lors des réunions trimestrielles de redevabilité pour évaluer les performances à plus long terme, notamment auprès des responsables du ministère de la Santé et des décideurs chargés de définir la stratégie globale.
La carte de score mensuelle a révélé une baisse du taux de dépistage du paludisme dans le district de Budaka, dans l’est de l’Ouganda de plus de 90 % avant le mois d’avril à 81 % en juin.
Une enquête a révélé que 85 % des établissements étaient en rupture de stock de tests de diagnostic rapide du paludisme. Cette pénurie a coïncidé avec une augmentation des cas de paludisme. L’équipe de gestion sanitaire du district a collaboré avec les services d’approvisionnement médical locaux pour transférer des stocks depuis un district voisin. Ces mesures ont permis d’atteindre un taux de dépistage du paludisme de 93 % en novembre 2025.
Les tendances observées sur la carte de score mensuelle ont permis au groupe de travail paludisme du district de collaborer avec la centrale nationale d’achat de médicaments pour modifier rapidement les plans d’approvisionnement et se préparer aux pics épidémiques.
Rwanda : les cartes de score mensuelles facilitent la planification communautaire et l’engagement ministériel
Le programme national de lutte contre le paludisme et les autres maladies parasitaires du Rwanda utilise désormais des cartes de score mensuelles au niveau des districts, ainsi que des cartes de score trimestrielles paludisme et maladies tropicales négligées (MTN).
Les cartes de score mensuelles utilisées au niveau des établissements de santé orientent le travail des organisations de la société civile et facilitent les échanges avec les responsables locaux et les communautés. Les indicateurs de ces cartes de score mensuelles se concentrent sur les activités menées au niveau des centres de santé et des communautés, dans une optique de communication afin de changer les comportements.
La carte de score trimestrielle paludisme et maladies tropicales négligées est examinée et utilisée lors de réunions nationales et locales. Il s’agissait de la première carte de score intégrée paludisme et MTN en Afrique ; elle est également publiér sur le Centre de connaissances ALMA Scorecard Hub.
Stimuler un engagement ministériel de haut niveau
La promotion de la carte de score mensuelle a favorisé un engagement accru des ministres lors des hausses de cas de paludisme.
En 2025, à la suite de l’examen de la carte de score mensuelle, le ministre de l’Administration locale a œuvré à la mobilisation des communautés contre le paludisme. Le ministre a demandé que des discussions régulières soient organisées sur la prévention et la lutte contre le paludisme, ainsi que sur l’élimination des gîtes de reproduction des moustiques, lors des journées mensuelles de service communautaire (appelées *Umuganda*) et d’autres événements communautaires. Ces actions ont été menées dans les villages les plus touchés afin d’éliminer les gîtes de reproduction des moustiques et d’encourager un changement des comportements. Depuis lors, le nombre de cas de paludisme a diminué dans ces villages.
Conclusion
Les expériences du Bénin, de la Guinée, du Rwanda et de l’Ouganda montrent que le passage d’une publication trimestrielle à une publication mensuelle des cartes de score peut accroître leur utilité pour la gestion et la redevabilité.
La publication mensuelle des cartes de score permet aux équipes d’identifier plus tôt les lacunes, d’assurer un suivi plus efficace et de réagir aux problèmes avec plus de rapidité et de précision.
Recommandations aux pays
- Établir une interopérabilité entre la plateforme web de la carte de score et DHIS2 pour faciliter le passage à une publication mensuelle : l’expérience de la Guinée montre que la liaison avec DHIS2 permet aux équipes de produire des rapports de performance plus fréquents avec un surcroît de travail minime, puisque les données sont déjà présentes dans DHIS2.
- Investir dans des processus mensuels de validation des données afin de garantir la qualité des données publiées plus fréquemment : le modèle béninois de séances mensuelles de validation des données de routine entre pairs, déployé dans les 77 communes du pays, démontre comment la publication mensuelle peut favoriser l’amélioration non seulement de la ponctualité, mais aussi de l’exhaustivité et de la qualité des données.
- Diffuser les cartes de score mensuelles auprès de divers groupes au-delà du secteur de la santé : le Rwanda a partagé ses cartes de score mensuelles avec des responsables à tous les niveaux — du niveau central au niveau communautaire — ainsi qu’avec des organisations de la société civile, afin de les aider à cibler leur soutien là où les cas de paludisme étaient en augmentation.
- Publier la carte de score mensuelle sur le Centre de connaissances ALMA Scorecard Hub pour le rendre accessible au public et favoriser l’apprentissage entre pairs : la publication accessible à tous permet à d’autres pays de tirer parti des données et de l’approche adoptée, tout en renforçant la redevabilité au niveau national.