Le Conseil zambien pour l’élimination du paludisme est parvenu à mobiliser efficacement le président zambien, contribuant ainsi à obtenir des engagements présidentiels de haut niveau en faveur de la lutte contre le paludisme. Cette réussite repose sur une approche fondée sur les données, une collaboration multisectorielle solide et des demandes de soutien claires et précises. Cette approche offre des enseignements pratiques aux autres Conseils pour l’élimination du paludisme et aux programmes de lutte contre la maladie.
La Zambie a réalisé des progrès remarquables dans la réduction du paludisme. Cependant, l’éradication complète de la maladie exige la mobilisation de tous les acteurs, tous secteurs confondus. Un leadership politique fort est indispensable pour maintenir la lutte contre le paludisme au rang de priorité, obtenir les financements nationaux accrus nécessaires pour combler les lacunes et impliquer les entreprises, les institutions gouvernementales et les communautés.
Les Conseils et Fonds pour l’élimination du paludisme (CFEP) sont des instances multisectorielles nationales, gérées et possédées par le pays concerné, qui réunissent des responsables de haut niveau issus des secteurs public et privé, de la société civile et des communautés afin de soutenir la lutte contre le paludisme. Le Conseil zambien pour l’élimination du paludisme a été lancé en 2019. Sa mission est d’« éliminer le paludisme en Zambie » grâce aux actions suivantes :
- Plaidoyer pour que la lutte contre le paludisme demeure une priorité nationale en matière de développement
- Mobilisation de contributions en nature et financières pour combler les lacunes et lever les obstacles du plan stratégique national de lutte contre le paludisme
- Redevabilité mutuelle entre les secteurs pour atteindre la mission du Conseil

Un leadership fondé sur les données : l’importance de la carte de score paludisme
La Zambie fait partie de plus de 40 pays africains à utiliser des outils de cartes de score de gestion numérique pour progresser dans la lutte contre le paludisme grâce à la Plateforme web de la carte de score d’ALMA. Ces outils permettent de suivre les performances sanitaires infranationales, d’identifier les problèmes et les lacunes, de rendre les acteurs redevables et de favoriser des actions fondées sur des données probantes.
Un outil supplémentaire, le Gestionnaire de plans de travail, permet de transformer les défis identifiés dans la carte de score en actions concrètes et réalisables. Chaque élément du plan de travail a un responsable désigné, une échéance claire et un statut suivi, créant ainsi un système de redevabilité en circuit fermé.
Lors des réunions trimestrielles du Conseil d’élimination du paludisme, le programme national d’élimination du paludisme présente les dernières données de la carte de score, offrant aux parties prenantes un aperçu des points suivants :
- réalisations : jalons en matière de prévention, de traitement et de surveillance
- défis : identification des lacunes systémiques qui freinent les progrès
- recommandations concrètes : possibilité d’interventions rapides et fondées sur des données probantes
En 2025, un examen de la carte de score, s’appuyant sur les enseignements du plan de travail, a révélé la nécessité d’un soutien politique fort pour maintenir le rythme des progrès. Le Conseil a pris conscience de la nécessité d’intensifier sa collaboration avec les dirigeants gouvernementaux et de développer de meilleures méthodes de travail en adéquation avec les priorités du gouvernement.
Des données à l’action : mobiliser le leadership présidentiel
Transformer la volonté politique en actions concrètes est essentiel. Le Conseil a organisé une rencontre avec Son Excellence Hakainde Hichilema, Président de la Zambie, en juin 2025, impliquant dès le départ le conseiller du Président en matière de santé afin d’en obtenir le soutien et de s’aligner sur les priorités présidentielles.
Grâce à l’outil de carte de score paludisme, le Conseil d’élimination du paludisme a élaboré un argumentaire convaincant et étayé par des données afin de mettre en lumière les lacunes et les progrès du programme. La présentation finale a été stratégiquement alignée sur les objectifs de développement national, soulignant l’impact économique du paludisme. L’accent a été mis en particulier sur le secteur minier, une priorité pour le Président. Elle comprenait des demandes spécifiques de soutien politique, d’initiatives de production locale et d’une plus grande implication du secteur privé.
La rencontre avec le Président a porté sur les communautés les plus vulnérables face à la maladie, notamment les femmes et les enfants de moins de cinq ans. Le Conseil a lancé un appel poignant en rappelant que quatre personnes meurent chaque jour du paludisme en Zambie, soit plus que du COVID-19 ou du choléra. Il a mis en lumière les défis spécifiques posés par le paludisme et a appelé à intensifier les efforts en les intégrant aux initiatives nationales de santé publique.
Impact de la réunion : transformer la volonté politique en action
Cette réunion a constitué une avancée majeure dans la lutte contre le paludisme en Zambie. Le Président a reconnu que son rôle avait été sous-exploité. Il a partagé son expérience personnelle du paludisme durant son enfance, soulignant ainsi sa compréhension de l’impact humain de la maladie. Il a déclaré que les ministères de l’Éducation, des Collectivités locales, du Développement rural et de l’Agriculture devaient tous contribuer à une approche globale impliquant l’ensemble de la société.
La réunion a permis de prendre des engagements précis et concrets, transformant ainsi une volonté politique en actions tangibles :
- Soutien politique : Le Président s’est engagé à soutenir les politiques favorisant la production locale de médicaments et fournitures contre le paludisme, ainsi que la réglementation de l’importation de ces produits.
- Mobilisation du secteur privé : Le Président a promis d’utiliser son influence et son réseau afin de mobiliser le soutien du secteur privé en faveur de diverses initiatives, telles que la campagne « Achetez un vélo », qui fournit des vélos aux agents de santé communautaires zambiens.
- Initiatives de collecte de fonds : Le Président s’est engagé à organiser des événements de collecte de fonds afin de mobiliser des ressources pour l’élimination du paludisme. Cet engagement s’est traduit par une action immédiate : en octobre 2025, il a organisé un tournoi de golf national réunissant des dirigeants du secteur privé. Cette initiative ouvre la voie à de futurs engagements, tels que l’organisation de tables-rondes avec le secteur privé et des échanges directs avec les PDG afin de mobiliser des ressources.
- Redevabilité : Le Président a demandé au Conseil d’élimination du paludisme d’établir ses priorités et de lui créer une liste d’actions à réaliser. Les engagements ont été intégrés à l’outil de planification des tâches, et la Présidence a désormais accès à cette liste pour suivre son avancement. Une équipe spéciale de haut niveau a été mise en place, composée notamment du conseiller du Président en matière de santé, du ministre de la Santé et des dirigeants du Conseil, afin d’assurer le suivi et la redevabilité.
Leçons clés pour les autres pays
L’expérience de la Zambie offre des enseignements précieux aux autres pays qui cherchent à renforcer leur leadership politique en matière de priorités sanitaires :
- Un dialogue continu avec les dirigeants : Un dialogue régulier avec les hauts responsables permet de maintenir la dynamique et de garantir que le paludisme demeure une priorité nationale.
- Planification préalable adéquate : La clarté des demandes formulées accroît les chances de réussite d’une mobilisation de haut niveau. Il est essentiel d’articuler clairement l’importance cruciale du financement de la lutte contre le paludisme, en particulier lorsque certains pourraient penser que les efforts actuels sont suffisants.
- Demandes claires, spécifiques et réalisables : Évitez les demandes vagues de « soutien supplémentaire ». La Zambie a réussi en demandant un soutien politique clair, l’organisation d’une levée de fonds et le recours direct au pouvoir de mobilisation du président.
- Utilisation stratégique des données : L’exploitation des données sur le paludisme peut aider les dirigeants à comprendre l’urgence d’agir. La présentation de données claires et exploitables, grâce à des outils de cartes de score, constitue un argument convaincant en faveur du financement et du soutien.
- Documentation structurée et suivi : Le Gestionnaire de plan de travail d’ALMA permet à chacun de suivre les progrès en temps réel et de garantir le respect des engagements au-delà des réunions.
- La collaboration multisectorielle est fondamentale : Vaincre le paludisme nécessite l’engagement de tous les secteurs, y compris des autres ministères, et pas seulement du ministère de la Santé. Cela démontre que le paludisme est un enjeu de développement national, et non un simple problème de santé.
Conclusion
Le Conseil zambien pour l’élimination du paludisme a utilisé son approche novatrice, multisectorielle et fondée sur les données, pour mobiliser le Président et transformer la volonté politique en actions concrètes. Grâce à ce travail, le Conseil a élaboré un modèle garantissant que la lutte contre le paludisme demeure souple, basée sur des données probantes et portée par un engagement politique maximal.