Une nouvelle ère pour la lutte contre le paludisme prenant en compte le climat
L’Ouganda est devenu le premier pays d’Afrique à intégrer directement les données climatiques à sa carte de score paludisme. Cette avancée marque une étape cruciale vers une surveillance des maladies adaptée au climat et liée à la mise en œuvre des interventions contre le paludisme.
Cette initiative, menée par la Division nationale de lutte contre le paludisme (NMCD) en partenariat avec l’Alliance des dirigeants africains contre le paludisme (ALMA), le Département de l’information sanitaire (DHI) et le Programme des systèmes d’information sanitaire (HISP) du ministère de la Santé, s’appuie sur une décennie d’expérience de l’Ougandadans l’utilisation de cartes de score numériques pour renforcer la redevabilité, accélérer l’action et améliorer les résultats sanitaires.
Pour la première fois, les données de routine sur le paludisme sont désormais intégrées aux indicateurs de température, de précipitations et d’humidité, permettant une interprétation en temps réel de l’influence des variations météorologiques sur l’évolution du paludisme. Il en résulte une prise de décision éclairée, une action plus rapide et une résilience accrue.
Des données à l’action : l’histoire de la carte de score de l’Ouganda
L’Ouganda a lancé son outil de gestion de carte de score paludisme en 2017, avec le soutien d’ALMA et de ses partenaires. La carte de score suit six indicateurs nationaux et douze indicateurs de district, conformément à la Stratégie ougandaise de réduction et d’élimination du paludisme.
La carte de score est devenu un outil essentiel de gestion et de plaidoyer, utilisée par le ministère de la Santé, les équipes sanitaires de district, les partenaires du secteur de la santé et les parlementaires. Plus de 150 utilisateurs ont accès à la version en ligne sur la plateforme web de la carte de score ALMA, qui propose des cartes de score mensuelles et trimestrielles.
Cet outil de gestion est intégré aux réunions de gestion existantes à tous les niveaux du système de santé. Les partenaires et toutes les parties prenantes y analysent les données et élaborent des plans d’action pour remédier aux performances insuffisantes.
Sa force réside dans sa simplicité :
- des indicateurs régis par un code-couleur : vert pour les indicateurs conformes aux objectifs, jaune pour les indicateurs sur la bonne voie, rouge pour les indicateurs aux performances insuffisantes ;
- des flèches de tendance facilitent l’interprétation des données.
À tous les niveaux du système de santé, y compris les agents de santé et les partenaires, la carte de score permet d’identifier les points de blocage, de prioriser les interventions et d’entreprendre des actions vitales.
Interopérabilité avec DHIS2 : des données au rythme de la prise de décision
En 2024, l’Ouganda a établi l’interopérabilité entre son système national d’information sanitaire DHIS2 et sa carte de score paludisme, permettant ainsi le chargement des données DHIS2 dans la carte de score jusqu’au niveau des établissements de santé. Avant d’exporter des données vers la carte de score, le ministère de la Santé les valide en effectuant des évaluations régulières de leur qualité.
Bringing climate into the equation
En juillet 2025, l’Ouganda est devenu le premier pays au monde à relier sa carte de score paludisme aux données climatiques grâce à l’application climat DHIS2.
Cette application utilise les données ERA5-Land (initiative de cinquième génération du Centre européen pour les prévisions météorologiques à moyen terme – Réanalyse pour les terres émergées). Les ensembles de données ERA5-Land comprennent des décennies d’observations fournies par le système mondial d’observation de l’Organisation météorologique mondiale. Ces données sont intégrées à un modèle numérique météorologique moderne afin de reconstituer les conditions horaires sur une grille cohérente, fournissant ainsi des données fiables sur les précipitations, la température et l’humidité à une résolution de 10 kilomètres, de 1950 à nos jours, y compris en Ouganda. Les données sont, dans la mesure du possible, recoupées avec les observations nationales pour garantir leur exactitude.
Ces ensembles de données ERA5-Land sont intégrés à l’application climat DHIS2, interopérable avec la Plateforme web de la carte de score ALMA. Grâce à ce mécanisme, les données sur les précipitations, l’humidité et la température sont intégrées aux revues régulières des cartes de score, permettant une action plus précoce et mieux ciblée.
Pour la première fois, les équipes nationales et de district de lutte contre le paludisme peuvent visualiser conjointement les données climatiques et celles relatives à la maladie, et observer la corrélation entre les périodes de fortes précipitations ou de variations d’humidité et l’augmentation des cas de paludisme. Cette intégration transforme la carte de score de l’Ouganda en un outil de surveillance et d’aide à la décision prenant en compte les données climatiques.
Alors que la plupart des pays utilisent des cartes de score trimestrielles, l’Ouganda a introduit des cartes de score paludisme mensuelles en 2023 afin de suivre et de gérer au plus près la riposte à et la résolution des épidémies. Ce rythme mensuel fournit des données de performance opportunes qui complètent les données de surveillance hebdomadaires de routine.
L’application CHAP : anticiper les épidémies avant qu’elles n’éclosent
S’appuyant sur ces bases, ALMA explore actuellement la mise en œuvre de l’application CHAP (Climate-Health Action and Predictive), un outil compatible avec DHIS2 conçu pour intégrer des capacités de modélisation prédictive.
CHAP utilise des données climatiques et épidémiologiques (précipitations, température, taux d’humidité et tendances historiques du paludisme) pour prévoir les recrudescences de la maladie plusieurs semaines à l’avance. Cet aspect prédictif alimentera directement la carte de score, générant des alertes automatiques lorsque les conditions climatiques augmentent le risque de paludisme.
En reliant les résultats de CHAP aux plans d’action de la carte de score, la Division nationale de lutte contre le paludisme de l’Ouganda et ses partenaires pourront agir rapidement : distribution de produits, ajustement des plans de lutte antivectorielle ou renforcement des actions de sensibilisation communautaire avant l’apparition des épidémies.
ALMA, le Programme des systèmes d’information sanitaire de l’Ouganda et l’Autorité météorologique nationale de l’Ouganda collaborent pour perfectionner ces outils prédictifs, faisant de l’Ouganda un modèle continental d’innovation en matière de climat et de santé fondée sur les données.
À l’intersection du climat et de la santé
Cette intégration arrive à un moment crucial : partout en Afrique, le changement climatique et les phénomènes météorologiques extrêmes modifient la dynamique de développement du paludisme, allongeant les saisons de transmission et étendant les zones géographiques à risque.
En combinant données sanitaires et environnementales, l’Ouganda innove avec un modèle de surveillance du paludisme adapté au climat, qui permet une réponse anticipative plutôt qu’une gestion de crise en réaction à l’épidémie. La capacité de quantifier le risque environnemental et de l’intégrer directement aux décisions liées aux programmes ouvre de nouvelles perspectives pour la lutte contre le paludisme.
Démocratiser les données pour les décideurs
La Plateforme web de la carte de score ALMA incarne la démocratisation des données en transformant des ensembles de données complexes en visualisations claires pour faciliter la prise de décision dans tous les secteurs. La carte de score intégrée paludisme et climat de l’Ouganda renforce le lien entre les secteurs de la santé et de la météorologie, leur permettant de planifier et d’agir de concert.
Les responsables de la santé des districts peuvent identifier les sous-comtés à haut risque, les parlementaires peuvent plaider en faveur de ressources et les collectivités locales peuvent cibler leurs interventions en fonction des signaux épidémiologiques et environnementaux.
Grâce à ses couleurs simples, ses flèches et ses fonctionnalités d’exploration, le système de l’Ouganda a rendu les données scientifiques accessibles à tous, renforçant ainsi la redevabilité des communautés jusqu’au niveau gouvernemental.
Programme d’apprentissage et prochaines étapes
L’Ouganda a défini un programme d’apprentissage commun pour orienter les innovations futures :
- Évaluer la capacité prédictive et le délai d’alerte des modèles climat-santé
- Tester l’exploitabilité des données mensuelles pour des interventions préventives contre le paludisme
- Affiner les seuils et les déclencheurs d’alerte automatisés au sein des systèmes d’évaluation et explorer l’intégration du CHAP
- Documenter les enseignements et les bonnes pratiques en vue de leur reproduction dans d’autres pays où le paludisme est endémique
- Ces données permettront à d’autres nations de concevoir des systèmes de santé tenant compte du climat, en s’appuyant sur l’expérience ougandaise.
Conclusion
L’intégration des données climatiques dans la carte de score paludisme de l’Ouganda représente une étape importante pour l’Afrique et une première mondiale en matière d’intégration conjointe des données sanitaires et climatiques au sein des systèmes nationaux.
En combinant innovation numérique, veille climatique et collaboration multisectorielle, l’Ouganda démontre comment les données peuvent permettre une lutte contre le paludisme plus précoce, plus efficace et plus durable.
À mesure que les analyses prédictives et diagnostiques et les données multisectorielles s’affinent, les recrudescences du paludisme seront mieux anticipées et les interventions mieux gérées, garantissant ainsi le déploiement de mesures de prévention et de contrôle avant l’aggravation des épidémies.
Le chemin à parcourir – tester les modèles, affiner les déclencheurs de réponse et intégrer les données environnementales et communautaires – permettra de concevoir la prochaine génération de systèmes de santé adaptés au climat sur tout le continent.