Contexte
In En juin 2025, l’organisation Malaria Youth Champions Uganda (MYCU), en partenariat avec la Division nationale ougandaise pour l’élimination du paludisme (NMED) et avec le soutien de l’Alliance des dirigeants africains contre le paludisme (ALMA) et du Fonds mondial, a mis en place des cartes de score communautaires dans deux districts ougandais fortement touchés par le paludisme.
Bukedea était l’un des districts sélectionnés. L’analyse de la carte de score du premier trimestre 2025 a révélé des indicateurs insuffisants au centre de santé de Nalugai III, notamment :
- le centre de santé représente plus de 15 % des cas de paludisme du district ;
- 83 % des consultations externes sont liées au paludisme ;
- le taux de tests positifs est de 77 % (le plus élevé du district et supérieur au taux national de 35,9 %).
De plus, les indicateurs relatifs au paludisme pendant la grossesse se sont avérés être préoccupants, notamment :
- une faible fréquentation des consultations prénatales (37 % à la première consultation, et seulement 6 % à la quatrième) ;
- une adhésion insuffisante au traitement préventif intermittent (TPIp), passant de 50 % pour les deux premières doses à 36 % pour la troisième.
Ces faibles indicateurs ont conduit à la sélection du centre de santé pour la mise en place de la carte de score communautaire, un outil stratégique permettant d’identifier et de corriger les problèmes systémiques.
À propos de la carte de score communautaire
La carte de score communautaire est un outil participatif de redevabilité sociale utilisé pour suivre et améliorer les services de santé publique. Il réunit les usagers (la communauté) et les prestataires de services afin d’identifier les difficultés, de co-créer des solutions et de suivre les progrès.
L’un des principaux objectifs de cette initiative est de lever les obstacles liés au genre dans l’accès aux soins. Conscients que différents groupes rencontrent souvent des difficultés de manière distincte, notamment en matière de genre et de santé, des dialogues communautaires ont été organisés en quatre groupes distincts :
- adolescentes
- adolescents
- femmes adultes
- hommes adultes
Cette approche a permis de recueillir des points de vue variés, offrant ainsi les perspectives nuancées nécessaires pour identifier et co-créer efficacement des solutions aux problématiques liées au genre.

Adoption et utilisation de la carte de score communautaire
Un groupe de 40 membres de la communauté résidant dans la zone de desserte de l’établissement a été invité à participer aux dialogues communautaires.
Quatorze indicateurs ont été sélectionnés et analysés avec la communauté afin d’évaluer leur expérience des soins de santé dispensés par l’établissement. Des animateurs du Corps national des jeunes contre le paludisme ont examiné chacun des indicateurs suivants afin d’amorcer un dialogue au sein des quatre groupes :
- prise de décision
- visites à domicile
- accessibilité des services de santé
- délais d’attente pour bénéficier de services de santé
- soins attentionnés, respectueux et empreints de compassion
- disponibilité de services de santé adaptés aux besoins spécifiques des femmes et des hommes
- disponibilité des services de santé
- disponibilité des médicaments, des services de diagnostic et du matériel médical
- gestion et services d’ambulance
- infrastructures de l’établissement
- propreté de l’établissement de santé
- sûreté et sécurité de l’établissement de santé
- réponse aux besoins de santé de la communauté
À l’issue de ces dialogues communautaires, les membres ont voté individuellement sur la performance du centre de santé pour chacun de ces indicateurs, à l’aide d’un système de notation par code couleur facilitant la participation des membres de la communauté, qu’ils soient alphabétisés ou non.
Code couleur :
- rouge : faible ou mauvaise performance de l’indicateur
- jaune : performance moyenne de l’indicateur
- vert : bonne performance de l’indicateur
Retour d’information sur la carte de score communautaire – 2e trimestre 2025
Suite aux dialogues par sexe et par tranche d’âge, tous les groupes ont participé à une réunion d’interface avec les membres de la communauté, le personnel de santé de l’établissement et les responsables sanitaires du district.
Au cours de cette réunion, les membres de la communauté ont partagé leurs conclusions. Ensuite, tous les participants ont analysé conjointement les obstacles et les points de blocage identifiés dans l’accès aux services de santé, leurs causes sous-jacentes ainsi que les solutions possibles. Des actions clés ont ensuite été élaborées pour combler les lacunes identifiées.
Les retours de la communauté au 2e trimestre 2025 ont révélé cinq préoccupations majeures :
- Longs délais d’attente pour les services de santé : les membres de la communauté, tous groupes démographiques confondus, ont signalé des délais d’attente prolongés. Les principaux points de blocage identifiés concernaient l’inscription des patients au service des consultations externes, les tests de dépistage du paludisme au laboratoire et les services de l’unité de vaccination.
- Perceptions de traitement inéquitable et de favoritisme : des membres d’un groupe ethnique spécifique ont déclaré avoir le sentiment d’avoir été traités injustement et d’avoir bénéficié de services avec du retard dans l’établissement de santé en raison de leur appartenance tribale.
Les préoccupations suivantes ont été soulevées uniquement par les femmes et les adolescentes :
- Problèmes de sécurité dans l’établissement de santé : Les femmes et les adolescentes ont exprimé des inquiétudes particulières quant à leur sécurité dans l’établissement, en raison du manque d’agents de sécurité, notamment la nuit, de la végétation envahissante autour de l’établissement et de l’absence de clôture.
- Manque d’intimité : Un manque criant d’intimité dans le service de maternité, notamment l’absence de rideaux et la présence d’individus non autorisés, porte atteinte à leur dignité et les dissuade par conséquent d’accoucher dans cet établissement.
- Lacunes des infrastructures : Des inquiétudes ont été soulevées concernant les toilettes communes aux hommes et aux femmes, source d’inconfort, portant atteinte à l’intimité et décourageant l’utilisation de l’établissement, en particulier par les femmes.
Plans d’action élaborés
Grâce à un dialogue constructif, les causes profondes des lacunes identifiées par la communauté ont été déterminées. Par exemple,
- Les longs temps d’attente ont été attribués au manque de personnel au service des consultations externes et au laboratoire. L’unité de vaccination ne disposait pas de réfrigérateur pour les vaccins en raison d’un manque d’électricité fiable, ce qui obligeait à les transporter depuis les bureaux de district les jours de vaccination.
- Le sentiment de discrimination de la communauté, entraînant des retards dans les services, a été attribué à une barrière linguistique. Le personnel ne maîtrisait pas le lugisu, la langue locale d’une communauté, créant ainsi un fossé de communication qui nécessitait le recours à un interprète avant les consultations.
- Toutes les préoccupations relatives à la confidentialité, à la sécurité et à la sûreté ont été prises en compte, et la direction de l’établissement et du district s’est engagée à y remédier. Pour chaque problème, une action spécifique a été attribuée à une personne responsable, assortie d’un calendrier précis, aboutissant à un plan d’action complet pour garantir sa mise en œuvre.
Ces plans d’action ont fourni un cadre clair pour la redevabilité et l’amélioration mesurable lors des réunions trimestrielles d’évaluation communautaire.
Mise en œuvre et amélioration continue
Lors du suivi d’octobre 2025, le centre de santé Nalugai III avait réalisé des progrès significatifs dans la mise en œuvre de son plan d’action. Parmi les principales améliorations :
- Personnel : Le recrutement d’un technicien de laboratoire et d’une infirmière bilingue a permis de réduire les temps d’attente et les barrières linguistiques.
- Dignité et intimité : Des rideaux ont été installés, la signalétique des toilettes a été améliorée et l’accès à la salle d’accouchement a été restreint afin de garantir le respect de la vie privée des patientes.
- Sécurité : Un agent de sécurité de nuit a été embauché, les alentours du centre ont été débroussaillée et un budget a été alloué à la construction d’une clôture périmétrique.
- Équipement : Un nouveau réfrigérateur à gaz a été installé pour assurer la conservation fiable des vaccins et un bâtiment inachevé a été désigné pour être transformé en cuisine pour les patientes.
- Formation : Le personnel et les bénévoles ont bénéficié d’une formation de remise à niveau sur les soins aux patients et la ponctualité.
Ces actions ont répondu directement aux préoccupations de la communauté, contribuant ainsi à un environnement de soins plus efficace, plus respectueux de la dignité et plus sûr.
Retours de la communauté
La carte de score communautaire du 3e trimestre 2025 a démontré une amélioration significative de plusieurs indicateurs, notamment :
- temps d’attente
- sécurité de l’établissement de santé
- disponibilité des services de diagnostic requis
- réponse aux besoins de santé de la communauté
Ces résultats ne reposent non pas sur de simples promesses, mais sur des réalisations concrètes, telles que le recrutement de personnel et l’acquisition de nouveaux équipements, facilement vérifiables par la communauté.
Le processus a initié un cercle vertueux de redevabilité et de collaboration. Après le dialogue initial, les actions de suivi ont prouvé à la communauté que leur voix comptait. Une membre de la communauté, Akol Diana, a confirmé : « Maintenant, nous avons des rideaux, ce qui nous permet de venir accoucher plus sereinement au centre de santé.»
Cette transparence a suscité un élan de responsabilité partagée. Un autre membre de la communauté, Munghara Moses, a fait don de 500 briques pour soutenir la nouvelle cuisine de l’établissement, déclarant : « Lors de la réunion d’aujourd’hui, l’établissement s’est engagé à installer une cuisine et, pour les soutenir, puisque toute notre communauté en bénéficiera, je souhaite faire don de 500 briques. »
Selon le Dr Emmanuel Odeke Okallany, médecin-chef du district, « Un résultat important a été l’amélioration considérable des relations et du niveau de confiance entre la communauté et le personnel de santé de l’établissement. »
Ce sentiment a été partagé par Adupa Micheal, responsable du centre de santé Nalugai III, qui a témoigné de l’impact direct : « Avant la mise en place du système d’évaluation, nous avions des difficultés de personnel et de sécurité, et nous ne disposions pas de réfrigérateur pour les vaccins. Après les échanges, le district a agi immédiatement, en envoyant du personnel supplémentaire et en s’engageant à construire une clôture.»
Ces résultats, allant de la promesse de dons de briques à l’engagement du district de financer une clôture tout autour de l’établissement, marquent un tournant décisif entre des solutions à court terme et une prestation de services durable et respectueuse des droits, grâce à un changement directement impulsé par le processus d’évaluation communautaire.
Conclusion
Cette étude de cas sur la carte de score communautaire de l’Ouganda démontre qu’une participation communautaire structurée peut engendrer des changements significatifs dans la prestation des services locaux. L’implication directe des membres de la communauté a créé un sentiment d’appropriation de l’initiative, les encourageant à opter pour le changement, à exiger de meilleurs services et à demander des comptes.
Un constat essentiel a été la manière dont la mise en œuvre tenant compte des questions de genre a révélé les défis spécifiques rencontrés par les femmes et a souligné la nécessité de solutions adaptées au contexte. En créant un espace sûr pour le dialogue et la résolution conjointe des problèmes, la carte de score communautaire a responsabilisé les citoyens, amélioré la réactivité et permis la mise en place d’un établissement de santé plus sûr et plus efficace, offrant des services plus équitables pour tous.